mercredi 22 septembre 2010

Morceaux choisis

Lectrices, lecteurs, non je ne suis pas mort. Disons juste que actuellement, mon appareil photo, ma connexion internet, et mon ordinateur préféré se trouvent en trois lieux distincts, ce qui ne simplifie pas la publication de mes derniers clichés.

D'ailleurs, pour la peine, et à titre quelque peu exceptionnel, je me permet de vous écrire un article sans photo.

Na.

Mais, vous allez me dire, pourquoi donc une publication, si tu n'as pas de photo, alors que bon, quand même, c'est un peu pour ça qu'on est là, non mais, hein, ho !

Et bien tout simplement parce que j'ai actuellement de passionnantes lectures que je souhaiterai partager avec vous. D'autant plus que le thème abordé est en rapport avec l'actualité. Voilà.

Pour situer le contexte, il y a quelques semaines, j'errais dans les rayons du fond national d'achat des cadres, à la recherche d'ouvrages pour égayer mes congés estivaux. Et je suis tombé sur un petit livre vert, au titre aguicheur : De l'action directe, par Voltairine de Cleyre (et d'ailleurs consultable ici), et préfacé par ce cher Normand Baillargeon. Voltairine, anarchiste américaine de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, définit donc dans cet ouvrage la notion d'action directe, et colle une bonne droite aux détracteur de la-dite action directe, en démontrant que celle-ci ne se réduit pas, bien au contraire, à la violence et qu'elle est souvent plus efficace que l'action indirecte.

Bref, une lecture fort intéressante, et dont je me permet d'ailleurs de vous citer quelques morceaux choisis.

Commençons donc par la définition de l'action directe selon Voltairine :

Toute personne qui a pensé, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie, avoir le droit de protester, et a pris son courage à deux mains pour le faire ; toute personne qui a revendiqué un droit, seule ou avec d’autres, a pratiqué l’action directe.
[...]
Toute personne qui a eu un projet, et l’a effectivement mené à bien, ou qui a exposé son plan devant d’autres et a emporté leur adhésion pour qu’ils agissent tous ensemble, sans demander poliment aux autorités compétentes de le concrétiser à leur place, toute personne qui a agi ainsi a pratiqué l’action directe.
[...]
Toute personne qui a dû, une fois dans sa vie, régler un litige avec quelqu’un et est allé droit vers la ou les personne(s) concernée(s) pour le régler, en agissant de façon pacifique ou par d’autres moyens, a pratiqué l’action directe.
[...]
En d’autres termes, tous les êtres humains sont, le plus souvent, de fervents partisans du principe de l’action directe et la pratiquent.



Par ailleurs, pour aborder certains aspects violents de l'action directe, voici un passage qui montre qu'à l'époque, ils avaient l'air de beaucoup plus s'amuser pendant les grèves :

Aujourd’hui chacun sait qu’une grève, quelle que soit sa taille, est synonyme de violence. Même si les grévistes ont une préférence morale pour les méthodes pacifiques, ils savent parfaitement que leur action causera des dégâts. Lorsque les employés du télégraphe font grève, ils sectionnent des câbles et scient des pylônes, tandis que les jaunes bousillent leurs instruments de travail parce qu’ils ne savent pas les utiliser. Les sidérurgistes s’affrontent physiquement aux briseurs de grève, cassent des carreaux, détraquent certains appareils de mesure, endommagent des laminoirs qui coûtent très cher et détruisent des tonnes de matières premières. Les mineurs endommagent des pistes et des ponts et font sauter des installations. S’il s’agit d’ouvriers, ou d’ouvrières, du textile, un incendie d’origine inconnue éclate, des pierres volent à travers une fenêtre apparemment inaccessible ou une brique est lancée sur la tête d’un patron. Quand les employés des tramways font grève, ils arrachent les rails ou élèvent des barricades sur les voies avec des charrettes ou des wagons retournés, des clôtures volées, des voitures incendiées. Lorsque les cheminots se mettent en colère, des moteurs « expirent», des locomotives folles démarrent sans conducteur, des chargements déraillent et des trains sont bloqués. S’il s’agit d’une grève du bâtiment, les travailleurs dynamitent des constructions. Et à chaque fois, des combats éclatent entre d’un côté les briseurs de grève et les jaunes et, de l’autre, les grévistes et leurs sympathisants, entre le Peuple et la Police.


Peut-être qu'avec de telles pratiques, la défense des retraites serait plus efficace... mais pas très légitime, j'en conviens.

Enfin, voici un passage qui s'attaque efficacement à l'action indirecte, ou action politique :

Comment pourrons-nous briser nos chaînes ?

Les partisans de l’action politique nous racontent que seule l’action électorale du parti de la classe ouvrière pourra atteindre un tel résultat; une fois élus, ils entreront en possession des sources de la Vie et des moyens de production; ceux qui aujourd’hui possèdent les forêts, les mines, les terres, les canaux, les usines, les entreprises et qui commandent aussi au pouvoir militaire à leur botte, en bref les exploiteurs, abdiqueront demain leur pouvoir sur le peuple dès le lendemain des élections qu’ils auront perdues.

Et en attendant ce jour béni?

En attendant, soyez pacifiques, travaillez bien, obéissez aux lois, faites preuve de patience et menez une existence frugale (comme Madero le conseilla aux paysans mexicains après les avoir vendus à Wall Street).

Si certains d’entre vous sont privés de leurs droits civiques, ne vous révoltez même pas contre cette mesure, cela risquerait de «faire reculer le parti».


Voltairine ajoute d'ailleurs :

La foi aveugle en l’action indirecte, en l’action politique, a des conséquences bien plus graves: elle détruit tout sens de l’initiative, étouffe l’esprit de révolte individuelle, apprend aux gens à se reposer sur quelqu’un d’autre afin qu’il fasse pour eux ce qu’ils devraient faire eux-mêmes; et enfin elle fait passer pour naturelle une idée absurde: il faudrait encourager la passivité des masses jusqu’au jour où le parti ouvrier gagnera les élections; alors, par la seule magie d’un vote majoritaire, cette passivité se transformera tout à coup en énergie. En d’autres termes, on veut nous faire croire que des gens qui ont perdu l’habitude de lutter pour eux-mêmes en tant qu’individus, qui ont accepté toutes les injustices en attendant que leur parti acquière la majorité; que ces individus vont tout à coup se métamorphoser en véritables «bombes humaines», rien qu’en entassant leurs bulletins dans les urnes !


Bref, je vous conseille donc la lecture de cet ouvrage bientôt centenaire et pourtant tellement d'actualité.

Et puis pour ceux que ça intéresse, il parait qu'il y a une petite randonnée collective organisée demain dans les rues de Paris, si ça vous tente, rendez-vous 13h place de la bastille :)

1 commentaire:

le chat botté a dit…

Interrogées sur la question de l'action directe, les pubs google me proposent un série de solutions :
- devenir fonctionnaire
- toucher plus d'allocation chomage
- avocat divorce (?!?)
- logiciels pour syndicats
- ...

étrange...